EDITORIAL AVRIL 2007
Ainsi, par la grâce d’une décision administrative, me suis-je réveillé un matin spécialiste en médecine générale. Je me suis enrichi en dormant. Ne croyez surtout pas que j’aie fait quelque chose de plus depuis l’obtention de mon diplôme de médecin en 1979, que je le doive à un quelconque mérite, que j’aie travaillé un peu plus mon mental, que j’aie passé un examen, pas plus un concours, que je me sois formé depuis ma sortie (lointaine) de la Faculté, que j’aie suivi des cours particuliers avec Acadomia, que la Faculté m’ait enseigné quelque chose de nouveau, non, je suis devenu un SPECIALISTE par la Grâce d’une décision politique. Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir j’exerçais donc une spécialité sans le savoir.
Pour obtenir cette spécialisation on nous demande d’écrire au Conseil de l’Ordre que nous pratiquons la Médecine Générale de façon exclusive. Ca veut dire quoi faire de la médecine générale de façon exclusive ? Existerait-t-il un corpus de Médecine Générale ? Ca se saurait. On peut certes lire sur ce sujet des déclarations d’intention d’ordre général mais où sont les études sur le contenu pour une spécialité qui n’a pas de contenant ? Faire de la médecine générale de façon exclusive, est-ce ne pas faire de cardiologie, pas de dermatologie, pas de pneumologie, que sais-je encore ? Non, il est possible, si j’ai bien compris que l’exclusivité signifie n’être ni homéopathe, ni mésothérapeute, ni régimologue, ni ostéopathe, ni naturopathe voire ni psychothérapeute jungo-freudien. En tous les cas il semble s’agir de raisons négatives car les raisons positives seraient de promettre de se conformer aux recommandations exclusives et validées par l’HAS et les Comités Centraux de la SFMG et de La Revue Prescrire réunis, les nouveaux spécialistes y sont-ils prêts ?
Je suis donc surpris (mais ravi) d’être un spécialiste et de l’avoir été sans le savoir. Du moment que je ne suis pas Le Médecin Malgré Lui, mieux vaut se réjouir avec tous les Thomas Diafoirus de la terre généraliste. D’amour belle MG vos yeux me font mourir. Peu importe que la spécialité Médecine Générale soit si peu enseignée, si peu publiée, si peu confrontée, si peu spécifique, si peu représentée, si peu théorisée au contraire de la prose moliéresque… En quoi ma nouvelle compétence va-t-elle changer quelque chose à mes habitudes ? Vais-je devoir me conformer à l’idéal du spécialiste (nœud papillon, dépassements, Porsche…) ? Ou dois-je seulement me gargariser de mon titre ronflant en l’inscrivant en lettres d’or sur ma plaque ou au frontispice de mes ordonnances ? Sans compter ma maman qui va enfin pouvoir être fière et parler à ses copines d’un fils qui cote en Cs… Il est vrai que les conséquences de cette « reconnaissance » vont être multiples et variées : les syndicats de spécialistes vont englober tout naturellement les syndicats de médecins généralistes, adieu MG France, FMF, EG… Les cabinets de médecine générale vont être enfin fréquentés par des porteurs de maladies et non plus par de vulgaires patients imaginaires sans étiquette à brandir comme preuves de leur effective participation au parcours de soins...
Elle est pas belle, la vie ?
Pour obtenir cette spécialisation on nous demande d’écrire au Conseil de l’Ordre que nous pratiquons la Médecine Générale de façon exclusive. Ca veut dire quoi faire de la médecine générale de façon exclusive ? Existerait-t-il un corpus de Médecine Générale ? Ca se saurait. On peut certes lire sur ce sujet des déclarations d’intention d’ordre général mais où sont les études sur le contenu pour une spécialité qui n’a pas de contenant ? Faire de la médecine générale de façon exclusive, est-ce ne pas faire de cardiologie, pas de dermatologie, pas de pneumologie, que sais-je encore ? Non, il est possible, si j’ai bien compris que l’exclusivité signifie n’être ni homéopathe, ni mésothérapeute, ni régimologue, ni ostéopathe, ni naturopathe voire ni psychothérapeute jungo-freudien. En tous les cas il semble s’agir de raisons négatives car les raisons positives seraient de promettre de se conformer aux recommandations exclusives et validées par l’HAS et les Comités Centraux de la SFMG et de La Revue Prescrire réunis, les nouveaux spécialistes y sont-ils prêts ?
Je suis donc surpris (mais ravi) d’être un spécialiste et de l’avoir été sans le savoir. Du moment que je ne suis pas Le Médecin Malgré Lui, mieux vaut se réjouir avec tous les Thomas Diafoirus de la terre généraliste. D’amour belle MG vos yeux me font mourir. Peu importe que la spécialité Médecine Générale soit si peu enseignée, si peu publiée, si peu confrontée, si peu spécifique, si peu représentée, si peu théorisée au contraire de la prose moliéresque… En quoi ma nouvelle compétence va-t-elle changer quelque chose à mes habitudes ? Vais-je devoir me conformer à l’idéal du spécialiste (nœud papillon, dépassements, Porsche…) ? Ou dois-je seulement me gargariser de mon titre ronflant en l’inscrivant en lettres d’or sur ma plaque ou au frontispice de mes ordonnances ? Sans compter ma maman qui va enfin pouvoir être fière et parler à ses copines d’un fils qui cote en Cs… Il est vrai que les conséquences de cette « reconnaissance » vont être multiples et variées : les syndicats de spécialistes vont englober tout naturellement les syndicats de médecins généralistes, adieu MG France, FMF, EG… Les cabinets de médecine générale vont être enfin fréquentés par des porteurs de maladies et non plus par de vulgaires patients imaginaires sans étiquette à brandir comme preuves de leur effective participation au parcours de soins...
Elle est pas belle, la vie ?
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